Cf. le commentaire de Alain Aparis à :  « Des pétitions »  : « Peut-être aussi se donne-t-on le sentiment de militer ! » et ma réponse : « Oui, Alain, tu as tout à fait raison quand il s'agit de causes politiques et/ou écologiques, avec toute la distance que l'on peut mettre entre "le sentiment de militer" et "militer" ; mais je suis toujours perplexe quand on me demande de soutenir ou de condamner des positions qui touchent à l'intime de la vie affective, ou encore dans les différentes conceptions de la laïcité. Bref, j'y vais au cas par cas. comme tout le monde, je suppose... »

Pour « l’intime », on a vu ce qu’il en est au moment du « mariage pour tous », par exemple…

En ce qui concerne la laïcité, les passions sont exacerbées dans le microcosme intellectuel et médiatique, et très vives sont leurs retombées politiques. Tout récemment, « l’affaire » Rokhaya Diallo, ou la clash Jean Baubérot – Yvon Quinou, ont jeté encore de l’huile sur le feu. (Vous trouverez facilement tout cela sur le Net, notamment sur Mediapart).
Dans ce contexte, mon adresse e-mail, (repérée comme tant d’autres par de miennes précédentes signatures en divers domaines, ou divulguée par les fichiers des abonnements), a été maintes fois sollicitée ces dernières années. En clair, j’étais invité à choisir  publiquement entre les différentes visions de la laïcité, organisées en fait autour de deux grands courants.

D’un côté, la pétition lancée par Marianne et Elisabeth Badinter, « Laïcité : il est grand temps de se ressaisir », dénonçant des « accommodements » avec les atteintes portées par diverses mouvances religieuses à la laïcité républicaine :
https://www.change.org/p/aux-citoyens-et-aux-responsables-politiques-laïcité-il-est-temps-de-se-ressaisir
De l’autre, les protestations contre cette conception de la laïcité jugée islamophobie pure et simple. Ainsi, de la pétition lancée par « la tendance » Jean Baubérot.
https://www.change.org/p/contre-une-loi-stigmatisante-pour-une-commission-sur-l-islamophobie

Je n’ai signé aucune de ces pétitions.
Personnellement, je m’en tiens à la définition de la laïcité telle que la présente la Loi, et telle que la présente le site gouvernemental « Observatoire de la laïcité » :

« La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.
La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir.
Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.
La laïcité suppose la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’Etat —qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte— ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses.
De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers.
La République laïque assure ainsi l’égalité des citoyens face à l'administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.
La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public. »

Je m’en tiens à cette définition, mais je n’en mesure pas moins les difficultés de compréhension dans notre étrange pays (et non pas difficultés d’application, car la Loi est a loi est doit être appliquée) ; un pays où nos gouvernants vont en tant que tels à la messe, quand ça leur chante ; où trois départements de l’Est font exception à la loi de séparation de l’Église et de l’État, en conservant la législation allemande d’avant 1918 ; où un nombre de plus en plus important de nos concitoyens préfèrent l’école religieuse privée à l’enseignement public et où l’État finance ces établissements privés sous contrat d’association ; où certains de nos concitoyens se reconnaissent plus dans la réalité d’États voisins où l’Islam, religion d’État, régit la sphère publique, que dans notre claire séparation Religion - État ; où nombre de catholiques ont la nostalgie du temps où la croix  était présente dans tous les lieux publics, écoles comprises, comme dans l’Italie notre voisine, etc…

Pour autant, les traumas de notre histoire nous ont appris ce qu’il en a coûté de voir une religion d’État, le catholicisme, interdire et persécuter tout ce qui échappait à son emprise, des Protestants aux Athées… Les traumas de notre récente actualité nous ont appris ce qu’il en a coûté de voir s’affronter de façon abominable les populations de l’ex-Yougoslavie, Croates catholiques, Serbes orthodoxes, Bosniaques musulmans. Et je ne crois pas que beaucoup de nos concitoyens aimeraient que leur religion soit inscrite sur leur carte d’identité, comme en Grèce, pour ne pas parler des États Unis, où le droit à l'athéisme n'existe pas.

Bref, je le répète, je n’ai pas signé de pétitions, et je m’en tiens à la Loi.