Après les élections corse et catalane, l’historien Roger Martelli, figure marquante de Ensemble* a proposé aux lecteurs du magazine Regards un long article dont je vous recommande la lecture.
Ensemble, mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire, est un parti proche de La France insoumise, mais distinct.

http://www.regards.fr/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli/article/en-corse-ou-ailleurs-un-nouveau-souffle-democratique-pour-les-territoires

 

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Roger Martelli, avec lequel j'ai souvent partagé des vues sur la question nationale, ne m'en voudra pas, j'espère, d'ajouter que l'on risquerait d'apparaître prendre un train de façon opportuniste en considérant comme des nouveautés, ma foi sympathiques, la revendication corse et la revendication catalane, et, partant, d'apparaître comme des carabiniers qui arrivent toujours en retard. Les aspirations indépendantistes catalanes sont soutenues par une grande partie de la population depuis des décennies. Et le nationalisme corse est une donne évidente depuis 1975. (On ne peut dire qu'alors "la gauche de la gauche française" en ait fait ses choux gras !). La poussé indépendentiste n'est donc pas une génération spontanée, née de la crise globale que nous connaissons, mais une donne fort ancienne qui "profite" de la crise, en négligeant ou niant la question sociale, Roger Martelli a bien raison de le faire remarquer.
En fait, depuis des lustres, la "gauche de la gauche" française a été incapable d'accomplir le travail de clarification idéologique sur les identités nationales, travail mené à bien, avant la guerre de 1914, par les sociaux-démocrates de l'Empire multinational austro-hongrois, et mis à bas par les diktats d'après 1918 qui dépecèrent les deux Empires centraux. Tout comme cette "gauche de la gauche" n'a pas été à même d'intérioriser vraiment le traitement léniniste de la question nationale. Tout comme elle n'a pas tiré profit des positions du jeune Parti communiste français, dans les années 1920 et les premières années 1930, sur la question corse ou la question bretonne (j'en ai déjà traité sur ce blog et j'y reviendrai).
Le résultat de cette absence d'analyse (je n'incrimine pas ici Roger Martelli qui travaille sur le sujet depuis longtemps) aboutit à "la gauche de la gauche" à un traitement chaotique des situations : négation de toute identité nationale au sein de l'État nation (voir le refus de la notion de "peuple corse", ou, comme chez J.-L. Mélenchon, appréhension "au pif"  (J.-L. M soutenant l'indépendance républicaine de l'Écosse contre la monarchie britannique - voir sur ce blog la catégorie "Mélenchon" -, mais se gardant, comme ses amis de Podemos, de soutenir le républicanisme catalan dans son isolement de la nation espagnole...), assimilation de l'affirmation nationaliste "régionale" au seul égoïsme de riches ne voulant pas payer pour les pauvres, etc.
Toutes ces poussées nationalistes étaient à analyser au cas par cas, avec une grande prudence et une grande lucidité. Ce qui n'a pas été le cas chez nous, en particulier dans le rapport entre l'opinion nationaliste réelle ou supposée, et les manipulations extérieures : le tragique éclatement yougoslave (et les abominations qu'il a suscitées) a été porté sur les fonts baptismaux par l'Allemagne et par l'OTAN, mais aussi salué par nos médias comme un avènement de la liberté. On aurait cru lire les déclarations de Wilson et leur aval français lors des tristes traités de 1919-1920 : l'avènement des nouvelles nations allait apporter à jamais la paix et la prospérité... 
Aujourd'hui, si l'on veut vraiment que les revendications régionalistes, autonomistes, indépendantistes, apportent de l'eau à la cause du progrès démocratique et social, ce qui est loin d'être évident, il faut déceler quelles forces sociales, quels intérêts sociaux les soutiennent, et ne pas se borner à un ralliement opportuniste comme l'a fait le leader de la France insoumise à propos de la Corse. De toute façon, la boîte de Pandore est désormais ouverte maintenant, et nul ne sait ce qui en sortira...