Unknown

Pasolini, Uccellaci e uccellini ("des oiseaux grands et petits"), 1966, un long métrage en noir et blanc, à tous les sens…

Curieuse impression que de revoir ce film brûlot cinquante ans après l’avoir visionné, en jeune adulte passionné d’Italie. Quelle rupture alors avec le magnifique et réaliste Évangile selon Saint Matthieu que j’avais vu deux ans auparavant, à sa sortie. C’est donc un peu décontenancé mais emballé que j’avais plongé dans cette fable burlesquement marxiste : l’errance dans la périphérie pelée de l’Urbs, (dont les dômes et les immeubles neufs pointent au loin), de deux personnages improbables qu’accompagne un corbeau parleur (trop), bon représentant de l’idéologie de gauche désabusée. Autour de la clé franciscaine (Saint François demandant à deux de ses compagnons de convertir les oiseaux, ce qu’ils font) les métaphores se succédaient dans une verve dénonciatrice, pour qui savait les comprendre : ainsi de la conversion des oiseaux, qui n’empêche pas les faucons de manger les moineaux. Car, comme le dit un Saint François marxisant, pour que cette tuerie cesse, les bonnes paroles ne suffisent pas et c’est le monde qu’il faut changer…

Cinquante ans après, ce théâtre d’agit prop mêlée de fellinisme garde son humour, mais, en ce qui me concerne en tout cas, peine à émouvoir, tant la messe est dite. La gauche italienne avait intériorisé la condamnation du capitalisme, elle a depuis intériorisé la victoire du néo-capitalisme. On ne peut se résoudre à abandonner ce film aux seuls historiens de l’esthétique cinématographique, mais on se dit qu’il en faudrait beaucoup plus aujourd’hui pour éclairer les consciences… D’ailleurs, dans la plupart des cas, veulent-elles vraiment être éclairées, ces consciences ?

 

Unknown-1