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La polémique qui traverse et qui divise les Hommes des Lumières
Helvétius [1715-1771], De l’Homme, (édition posthume, 1773)
Je respecte la graphie originale.

« Il [Rousseau] dit Lettre 3e. Page 116, Tome 5, de l’Héloïse :« Pour changer les caractères il faudroit pouvoir changer les tempéramens ; vouloir pareillement changer les esprits, & d’un sot faire un homme de talens, c’est d’un blond vouloir faire un brun. Comment fondroit-on les cœurs & les esprits sur un modèle commun ? nos talens, nos vices, nos vertus & par conséquent nos caractères, ne dépendent-ils pas entièrement de notre organisation ? »

Il dit Page 164,165, & 166, T. 5, de l’Héloïse :
« Lorsqu’on nourrit les enfans dans leur première simplicité, d’où leur viendroit des vices dont ils n’ont pas vu d’exemple, des passions qu’ils n’ont nulle occasion de sentir, des préjugés que rien ne leur inspire. Les défauts dont nous accusons la nature ne sont pas son ouvrage, mais le nôtre. Un propos vicieux est dans la bouche d’un enfant, une herbe étrangère dont le vent apporte la graine ».

Dans la première de ces citations, M. Rousseau croit que c’est à l’organisation que nous devons nos vices, nos passions & par conséquent nos caractères.
Dans la seconde au contraire, il croit (& je le crois comme lui) qu’on naît sans vices, parce qu’on naît sans idées : mais par la même raison, on naît aussi sans vertu. Si le vice est étranger à la nature de l’homme, la vertu lui doit être pareillement étrangère. L’un & l’autre ne sont & ne peuvent être que des acquisitions. C’est pourquoi l’on est censé ne pouvoir pêcher qu’à sept ans, parce qu’avant cet âge, on n’a encore aucune idée précise du juste & de l’injuste, ni aucune connoissance de ses devoirs envers les hommes. »

Diderot répondra, et tant d’autres, jusqu’à ce que Robespierre crut pouvoir trancher d’un décret…