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J'écivais à la fin de mon billet sur le Jeune Marx :

« D’autre part, la grande interrogation sur la rupture de Marx et d’Engels avec leur classe d’origine : comment et pourquoi eux qui se réclameront fermement du déterminisme ont-ils échappé au façonnement de ce déterminisme de classe, sinon par leur appétit de réalisation individuelle dans la liberté. Marx et Engels philosophes de la Liberté ? J’y reviendrai ».

À ce propos, je relis cette page du philosophe italien (controversé) Costanzo Preve (Storia critica del marxismo. 2007, Edizioni Città del Sole, traduction Baptiste Eychard, collection U) :

« La thèse de doctorat en histoire de la philosophie sur le différence entre les systèmes matérialistes de Démocrite et d’Épicure reste, à mon avis, une des plus importantes thèses de jeunesse de Marx, même si l’historiographie marxienne tend à la reléguer au second plan. Cette thèse fut soutenue en 1841, quand Marx avait seulement vingt-trois ans, mais dans son argumentation de fond, on peut lire en filigrane le degré d’auto-conscience que le jeune Marx avait de ses choix existentiels. L’importance de cette thèse ne se trouve pas dans sa structure théorique de fond – qui soutient des choses bien connues – mais dans son déchiffrement psychologique et surtout biographique. Comme on le sait, Épicure accepte dans l’essentiel la théorie antérieure de Démocrite sur les atomes et sur leur mouvement dans le vide (atomes, vide et causalité sont en fait les trois éléments fondamentaux du matérialisme antique, qui s’opposait tant à la théorie platonicienne des idées qu’à la théorie stoïcienne du fait), mais y introduit le concept de « déviation » (clinamen, parekklis) pour expliquer cet aléatoire relevable dans la nature et dans la société.
Marx interprète cet aléatoire en termes de liberté de choix et de contestation du déterministe mécaniste. La thèse de doctorat de 1841, nonobstant la « couverture » matérialiste (Démocrite, Épicure, etc.), est en fait la thèse d’un jeune philosophe de la liberté, dans le sens de Hegel ou de Croce. À mon avis, cette thèse est aussi secrètement autobiographique car Marx doit aussi expliquer sa propre « déviation » (clinamen, parekklis)  par rapport au destin d’un fils de bourgeois allemand mécaniquement déterminé à devenir lui aussi un bourgeois allemand, alors qu’il devint un révolutionnaire communiste anti-bourgeois. La « déviation », en substance, a été déplacée du monde de la nature à celui de la société et l’atome épicurien devient la métaphore de l’atome humain allemand Karl Marx. »