J’attire votre attention sur les commentaires ajoutés à mon récent billet :
Macron président de droit divin… ]

Je verse au dossier un extrait de l’article de Pasolini paru dans Il Corriere della sera, le 17 mai 1973, « Il «folle» slogan dei jeans Jesus ».
Dans une Italie où, apparemment, la tutelle de la papauté et de l’Église est encore majeure, notamment dans son soutien intrusif à la Démocratie chrétienne au pouvoir depuis presque trente ans, Pasolini décèle les prémices d’une mutation anthropologique fondamentale.  

Je donne d’abord le texte italien, puis sa traduction.

«  […] Il Vaticano trova ancora vecchi uomini fedeli nell’apparato del potere statale: ma sono, appunto, vecchi. Il futuro non appartiene né ai vecchi cardinali, né ai vecchi uomini politici, né ai vecchi magistrati, né ai vecchi poliziotti. Il futuro appartiene alla giovane borghesia che non ha più bisogno di detenere il potere con gli strumenti classici; che non sa più cosa farsene della Chiesa, la quale, ormai, ha finito genericamente con l’appartenere a quel mondo umanistico del passato che costituisce un impedimento alla nuova rivoluzione industriale; il nuovo potere borghese infatti necessita nei consumatori di uno spirito totalmente pragmatico ed edonistico: un universo tecnicistico e puramente terreno è quello in cui può svolgersi secondo la propria natura il ciclo della produzione e del consumo. Per la religione e soprattutto per la Chiesa non c’è più spazio. La lotta repressiva che il nuovo capitalismo combatte ancora per mezzo della Chiesa è una lotta ritardata, destinata, nella logica borghese, a essere ben presto vinta, con la conseguente dissoluzione «naturale» della Chiesa. […] »

Traduction de Philippe Guilhon dans Pier Paolo Pasolini,  Écrits corsaires, Flammarion, 2011, :

« [...] Le Vatican trouve encore de vieux hommes qui lui sont fidèles au sein de l’appareil d’État : mais, justement, ils sont vieux ; et le futur n’appartient ni aux vieux cardinaux, ni aux vieux hommes politiques, ni aux vieux magistrats ou encore aux vieux policiers. Le futur appartient à la jeune bourgeoisie qui n’a plus besoin de « tenir » le pouvoir à l’aide de ses instruments classiques et ne sait que faire d’une Église qui, désormais, est condamnée à disparaître de par son appartenance à ce monde humaniste du passé, qui constitue un obstacle à la nouvelle révolution industrielle. En effet, le nouveau pouvoir bourgeois nécessite, de la part des consommateurs, un esprit complètement pragmatique et hédoniste : un univers mécanique et purement terrestre dans lequel le cycle de la production et de la consommation puisse s’accomplir selon sa nature propre. Il n’y a plus place pour la religion et surtout pas pour l’Église. La lutte répressive que le nouveau capitalisme accomplit encore par l’intermédiaire de l’Église est une lutte retardée et destinée, selon la logique bourgeoise, à être rapidement abandonnée, ce qui aura pour conséquence la dissolution « naturelle » de l’Église. […] »