Je ne donne ici que l’opinion d’un citoyen, qui n’appartient à aucune organisation politique (n’appartient plus…), et je ne prétends en rien être détenteur d’une quelconque vérité. Les lignes qui suivent sont seulement ma réaction à L’émission politique programmée hier soir sur France 2, avec un panel très sélectif qui renvoyait aux oubliettes quelques formations intéressantes.
Intervenant le premier dans cette émission, J.-L Mélenchon a annoncé pour le 26 mai une « marée populaire », pour une « super-fête à Macron ».
On peut déjà discuter de la cible. Certes, notre Constitution génère le pouvoir personnel d’un monarque républicain. Certes l’actuel président incarne jusqu’à l’insupportable la morgue et l’autoritarisme qu’une telle fonction engendre. Mais à focaliser la protestation sur son seul nom renforce paradoxalement son pouvoir. Alors qu’une manifestation qui ne lui ferait pas sa fête, mais porterait des revendications précises et des dénonciations précises serait peut-être plus utile pour faire avancer les consciences et préparer de vrais changements.
Mais bon, reprenant l’idée que lui a soufflé François Ruffin, J.-L. Mélenchon en tient pour « la fête à » et « la marée humaine ». C’est peut-être dommage d’annoncer imprudemment une « marée », comme il y a quelque temps « un million de personnes » sur les Champs-Élysées. sans imaginer un seul instant que, si marée il n’y a pas vraiment, une belle manif. sera vite présentée comme un échec par les médias.
De toute façon, j’imagine que J.-L. Mélenchon doit être satisfait. La manifestation du 26 a beau être lancée par Attac, plus un collectif d’organisations et de partis, elle n’en apparaît pas moins au citoyen lambda comme la réalisation du vœu du « meilleur opposant » à Emmanuel Macron. Et la C.G.T., qui jusqu’alors s’en tenait à la Charte d’Amiens (l’autonomie syndicale par rapport aux partis politiques) , a mangé son chapeau et se rallie  de fait au panache du Líder Maximo, qui la jouera modeste, n’en doutons pas, mais ne verra pas moins sa stratégie électoraliste triompher, à quelques mois des Européennes...
Si j’habitais Paris, je participerai sans hésiter à la manifestation, mais sans vraie conviction. Car, je ne peux que le constater – l’histoire et la récente actualité nous le prouvent – les vrais raz-de-marée populaires ne se commandent pas, et la répétition des manifestations sur commande peut certes s’inscrire dans un crescendo, mais aussi dans un enterrement. Car le Pouvoir, pour l’instant, ne joue qu’une carte, celle de l’indifférence par rapport à ces manifs. répétées, et celle de l’attente d’un essoufflement inévitable, comme en a connu la célèbre Nuit debout... Pour le pouvoir, s'il y a marée montante, il ne peut ensuite n'y avoir que marée descendante... En cette période anniversaire où l'on nous sert jusqu'à écœurement les souvenirs de Mai 68, mais qui est aussi l'anniversaire de la Semaine sanglante de 1871, il est plus que jamais légitime de chanter le couplet du vieux Communard Pottier, mais en se demandant ce que peut être ce demain, et comment y parvenir :
C'est la lutte finale
Groupons-nous et demain...